Tour des Glaciers de la Vanoise 2024 : trois cols au-dessus de 2 500 mètres#
Le Tour des Glaciers de la Vanoise fait exactement ce que son nom annonce : il tourne autour de la plus grande calotte glaciaire des Alpes françaises. Le format long, environ 59 kilomètres pour 3 000 mètres de dénivelé, boucle en une journée un itinéraire que les randonneurs parcourent habituellement en trois ou quatre étapes, de refuge en refuge.
C’est ce qui rend cette course particulière. On n’y court pas sur des sentiers de trail : on y court sur un tour de haute montagne.
Deux choses en font, pour moi, un souvenir à part. La première, c’est que je l’ai courue neuf jours après avoir terminé la Race Across France 2500, 2 505 kilomètres et 31 727 mètres de dénivelé à vélo entre Lille et Mandelieu. La seconde, c’est que je n’y étais pas pour moi.
Pralognan, 6 heures#
Départ le dimanche 7 juillet 2024, à six heures du matin, de Pralognan-la-Vanoise. La journée commence à 1 412 mètres et se terminera au même endroit, après être passée trois fois au-dessus de 2 500.
Le premier col arrive vite : le col de la Vanoise, à 2 522 mètres, au pied de la Grande Casse. C’est l’un des passages les plus fréquentés des Alpes en été, et à six heures du matin, il est vide.


Le versant de l’Arpont, puis le col d’Aussois#
De là, le parcours bascule vers le sud et longe le versant de l’Arpont, au-dessus de la Maurienne, sur des sentiers de balcon qui font face aux glaciers. C’est la partie la plus longue et la plus roulante, enfin, roulante au sens de la haute montagne : on court peu, on trotte beaucoup, on marche dès que ça se redresse.
C’est là, à mi-parcours, que j’ai rempli mes flasques directement dans un torrent. Je me suis senti comme Dawa Sherpa buvant à sa rivière sur le Trail de la Côte Roannaise, six semaines plus tôt. Il y a pire, comme modèle.
Puis vient le morceau de la journée : le col d’Aussois, 2 917 mètres au relevé de ma montre. C’est le point culminant de la course, et l’endroit où l’on comprend qu’il ne s’agit plus vraiment de course à pied. À cette altitude, sur ce terrain, la notion d’allure disparaît, on avance, c’est tout.

Le troisième col est le col de Chavière, 2 796 mètres, l’un des plus hauts cols pédestres des Alpes françaises et le dernier verrou avant le retour sur Pralognan.
Les chiffres#
58,2 kilomètres, 3 071 mètres de dénivelé positif, entre 1 412 et 2 917 mètres d’altitude. 8 heures 04 de mouvement pour 8 heures 28 de course, vingt-quatre minutes d’arrêt sur la journée, ce qui, sur trois cols de haute montagne, relève presque de la négligence.
154 pulsations de moyenne, 5 464 calories. Une allure moyenne de 6,9 kilomètres/heure, qui ne veut évidemment rien dire prise isolément : sur ce type de terrain, la vitesse instantanée passe de quinze kilomètres/heure en descente à trois en montée, et la moyenne ne raconte rien.
Essayer de suivre#
Voilà le vrai récit de cette journée : je ne courais pas pour moi.
Quelqu’un de proche était au départ, et je m’étais mis une seule idée en tête, essayer de la suivre. Personne ne me l’avait demandé : c’était mon objectif à moi, et il s’est révélé bien plus ambitieux que je ne l’avais imaginé.
J’y suis arrivé, très très difficilement.
Il faut dire que le contexte n’aidait pas. Neuf jours plus tôt, je terminais 2 505 kilomètres à vélo avec 31 727 mètres de dénivelé, après huit jours de course entre Lille et Mandelieu. On ne récupère pas d’une chose pareille en neuf jours, et certainement pas assez pour enchaîner trois cols de haute montagne à pied. Mes jambes le savaient dès le col de la Vanoise.
Elle a fini troisième féminine.
Courir en haute montagne#
Ce que je retiens de cette journée, c’est le décalage entre ce qu’on fait et l’endroit où on le fait.
Les cols de la Vanoise, d’Aussois et de Chavière, ce sont des passages de randonnée alpine. On les franchit normalement avec un sac de trois jours, on dort en refuge, on prend son temps, on s’arrête pour regarder les glaciers. Les enchaîner tous les trois entre le lever du jour et l’après-midi, avec une poche à eau et deux barres, c’est une façon de voir la montagne assez brutale, et paradoxalement, une façon d’en voir beaucoup plus en une seule journée.
Mon classement n’a aucune importance et ce n’était pas le but. C’est même l’un des rares jours de course où je ne l’ai pas regardé une seule fois. J’ai pris un plaisir énorme sur ce parcours, sur un terrain qui n’est pas ma discipline, avec des jambes qui n’avaient rien à faire là.
Il y a des courses qu’on gagne. Celle-là, je l’ai simplement suivie, et c’est l’une de celles dont je me souviens le mieux.
Crédits photographiques#
Les photographies illustrant ce récit proviennent de Wikimedia Commons et ont été redimensionnées pour le web. Elles restent sous leur licence d’origine.
- Centre de Pralognan-la-Vanoise, Florian Pépellin, CC BY-SA 4.0
- Glacier de la Grande Casse : Rémih, CC BY-SA 4.0
- Bouquetins sous le col d’Aussois, Ibex73, CC BY-SA 4.0


